L’équilibre est donc toujours en devenir, déterminé par l’association des rythmes cycliques et des trends (tendances) séculaires. Reprenons notre exemple. En 1973, le relèvement du prix du pétrole va marquer leur apogée. Tout. Tout commence en 1968, révolution mondiale au double sens du terme. Hélas, l’économie capitaliste n’a pas de conducteur prudent. Le nombre important des pays pauvres s'expliquait par leur retard dans un processus mondial de développement dont les États-Unis ouvraient la voie, l'aboutissement étant une société d'abondance, politiquement et économiquement libérale. Le tiers monde, qu’est-ce ? Le bas, au moment où la mondialisation libérale a commencé, c’était le tiers-monde. En fait, c’est le système-monde qui se désagrège. En 1954, cinq leaders de pays qui refusaient le manichéisme de la guerre froide — l’Indien Nehru, l’Egyptien Nasser, le Yougoslave Tito, l’Indonésien Sukarno et le Cinghalais Kofélawala se réunissaient et décidaient de convoquer une conférence afro-asiatique à Bandung. Poursuivant sa réflexion sur l'unité et la diversité du tiers-monde, Yves Lacoste en est venu, vers la fin des années 1970, à considérer qu'un critère commun et presque unique unissait ses constituants : l'ampleur de la croissance démographique (toujours supérieure à 2 % par an, alors qu'elle reste sensiblement inférieure à ce seuil dans le reste du monde). Le système déraille et entre alors dans sa crise terminale et parvient à une bifurcation. C’est d’ailleurs pourquoi le nouvel équilibre n’est jamais tout à fait identique au précédent : l’écart doit atteindre une certaine ampleur avant que ne se déclenche le contre-mouvement, et l’économie-monde capitaliste, comme tout autre système, comporte des rythmes cycliques. L’évolution du Tiers-monde A. Or, ce terme semble trouver une résonnance particulière aujourd’hui, dans un contexte marqué par une mobilité accrue, une transformation digitale des pratiques de travail et une recomposition … Il existe cependant une exception d'importance : nombre de pays du Moyen-Orient, particulièrement dans la péninsule Arabique, combinent une très forte croissance démographique à des taux déjà faibles de mortalité infantile et à des PNB par habitant très élevés qui, en dépit des inégalités sociales, assurent au plus grand nombre des conditions de vie honorables. Somme toute, leur position était comparable à celle des Anglais à la fin du xixe s. : Londres était défavorable à une colonisation politique de l'Afrique et ne s'y risqua que contrainte et forcée par l'impérialisme de puissances comme l'Allemagne et la France. Selon Alfred Sauvy, ce troisième monde a des caractères spécifiques, notamment sa croissance démographique galopante. A cette occasion, je vais en profiter pour vous parler du Tiers Monde soutenu par l’ONU. En 1978, Jacques Julliard lançait, dans les colonnes du Nouvel Observateur, une polémique sous le titre « Le tiers monde et la gauche », dénonçant des régimes soit corrompus, injustes, policiers et souvent sanglants, soit chaotiques, tyranniques et non moins sanguinaires. Les indices sociaux ne sont pas forcément plus pertinents. Or, par exemple, parler de « pays du Sud », par un « géographisme » qui permet apparemment de ne pas prendre parti et que dénonce le géographe français Yves Lacoste, est dénué de fondement : c'est en effet oublier que l’Australie et la Nouvelle-Zélande (en Océanie) sont des pays riches ; c'est également suggérer que la latitude, donc le climat, est un élément déterminant de la richesse ou de la pauvreté des nations. Publié aujourd’hui à 07h59, mis à jour à 09h23 Le Monde avec AFP Aux Etats-Unis, avec le plan de relance dans l’impasse, le Congrès évite pour l’instant un « shutdown » L'Amérique latine se distingue par un très fort taux d'urbanisation, des PNB par habitant et des niveaux de consommation d'énergie relativement élevés, une croissance démographique encore forte mais dont la décrue est amorcée. D’un point de vue analytique, la réponse dépend de la relation entre les cycles de Kondratiev et la crise systémique. S’ouvrira ainsi une période de grande confusion politique. Logiquement, donc, il convient d’internaliser entièrement les coûts de transformation, c’est-à-dire de les imputer aux compagnies, dont les marges bénéficiaires diminueront d’autant. » Alfred Sauvy établit donc une comparaison explicite entre le tiers-monde et le tiers état de la France de l'Ancien Régime, autre ensemble aux contours flous, sans unité sociale, comprenant les misérables ouvriers agricoles comme les bourgeois cossus, unis seulement par l'absence de participation aux privilèges dont bénéficiaient noblesse et clergé. En effet, prétendre que le marché imposerait le niveau des salaires est trompeur, car ce dernier est aussi fonction, d’une part, de la force politique des travailleurs, secteur par secteur, et, d’autre part, des possibilités de délocalisation qui s’offrent réellement au patronat. Un monde plus prospère, plus égalitaire s’annonce. Mais, comme l’allègement des coûts salariaux par la délocalisation, cette logique ne peut fonctionner éternellement. Les divers mécanismes qui déterminent le comportement du système restent toujours en place. Les gouvernements pourraient certes entreprendre une immense campagne de dépollution et de renouvellement organique. » L’année suivante, l’hebdomadaire reprenait le débat sous forme de livre (4), rassemblant cinq contributions hostiles au « tiers-mondisme », cinq autres en prenant la défense et cinq jouant les médiateurs. Elle fut rapidement adoptée dans le discours intellectuel mondial. Autonome, le mouvement tiers-mondiste allait avoir le vent en poupe tout au long des années 60. Pourquoi ? Vittorio DE FILIPPIS Pauvretés et inégalités dans le tiers monde, Pierre Salama et Jacques Valier, éd. (5) Pour Nikolaï Kondratiev (1892-1938), l’histoire économique repose, depuis deux siècles, sur des cycles économiques longs (d’une durée de cinquante à soixante ans) alternant phases de croissance liées aux révolutions scientifiques et technologiques (A) et phases de récession dues au suréquipement et à la surcapitalisation (B). L’URSS allait en tirer la leçon l’année suivante : après le XXe Congrès du PCUS et le fameux rapport Khrouchtchev, elle cesserait de décrire les mouvements de libération nationale du tiers-monde comme « bourgeois » et « réactionnaires », leur reconnaissant subitement des vertus « démocratiques » et même « socialistes » en gestation. En effet, seule la différence culturelle peut expliquer que le Japon ait siégé à la conférence afro-asiatique de Bandung (1955) : il n'était déjà plus un pays pauvre et se trouvait politiquement lié aux États-Unis. Rejetant ces positions exclusivement politiques et idéologiques, le « mouvement » tiers-mondiste met en exergue la pauvreté et les atteintes aux libertés – tant dans les dictatures proaméricaines que dans le monde communiste – et cherche une « troisième voie » pour les pays dits sous-développés. Aujourd’hui ce mot est employé au pluriel pour souligner la diversité de cet ensemble. Comment évaluer précisément la réalité des niveaux de vie dans des pays où beaucoup de biens et services sont payés aux prix, généralement très bas, de marchés intérieurs peu ouverts ? : Where this country used to be a model for the Third World of how things should be done, it has now degenerated into its own opposite. Il n'y a donc jamais de synonymie parfaite, et ces équivalences, approximatives, gênent la réflexion et enveniment des débats souvent passionnés. Au début, ni Washington ni Moscou n’accordèrent la moindre attention au tiers-monde et à ses revendications. ». L'auteur y évoque l'existence de deux mondes, p… Mais cette phase voit également le transfert de liquidités du secteur productif (moins profitable) vers la spéculation, avec pour conséquence des crises d’endettement et des déplacements massifs de capitaux accumulés. D’une part, l’exigence de sécurité (armée, police), qui a entraîné des dépenses de plus en plus élevées au cours des siècles. En 1945, la moitié de l’Asie, la presque totalité de l’Afrique ainsi que des Caraïbes et de l’Océanie demeuraient des colonies. Courtisées par les deux Grands, elles entendaient échapper à la logique des blocs. Celles-ci sont le fait d’un grand nombre d’acteurs, chacun agissant indépendamment et selon ses intérêts immédiats. Vers les années 60, cette expression désignait encore presque tous les pays asiatiques, tout le continent africain, l’Amérique latine et méridionale et quelque pays de l‘Europe de l’Est. Bien sûr, tant que les mouvements communistes, sociaux-démocrates ou de libération nationale se battaient contre des régimes dictatoriaux, coloniaux ou simplement conservateurs, ils ne prônaient pas la patience, bien au contraire. Quant aux mouvements de libération nationale, ils avaient triomphé dans le tiers-monde ou se trouvaient sur le point de vaincre. ... Aujourd'hui . Pour y faire face, les capitalistes du monde entier ont joué, avec succès, sur la délocalisation de certains secteurs de l’économie vers des zones à bas salaires. On entre alors dans un cercle vicieux : plus les gens prennent en main leur défense, plus la violence devient chaotique et moins les Etats parviennent à gérer la situation. Le tiers monde existe-t-il encore ? En revanche, l’issue de la transition étant imprévisible, les fluctuations devenant presque folles, toute mobilisation, si minime soit-elle, aura d’énormes conséquences. - L'état de santé des populations en Europe et dans les pays du tiers monde (1) - Les aides pour améliorer la santé des populations du tiers monde (2-3) - Les problèmes les … Comment se forment ces coûts ? D’où un désinvestissement massif à l’égard des structures étatiques. ; l'exode rural a sévi partout, à des degrés divers (plus tôt et de manière plus importante en Amérique latine, plus tardivement en Afrique et à un moindre degré en Asie) ; le niveau sanitaire a souvent progressé, et la situation alimentaire, grâce à l'intensification de l'agriculture, s'est améliorée dans certains pays. Si, nous l’avons vu, l’équilibre du système-monde capitaliste n’est jamais rétabli tout à fait, c’est parce que les contre-mouvements impliquent la modification de paramètres qui sous-tendent le système. Mais ce choix ne peut pas s’effectuer à l’avance, car il dépend d’un nombre infini de facteurs échappant partiellement aux contraintes du système. C'est peut-être sous cet angle particulier qu'il faut envisager le retard de l'Afrique. Filant la métaphore de la voiture endommagée, nous pourrions penser que, dans ces conditions, un automobiliste raisonnable roulerait lentement. Malgré une situation plus compliquée, l’évolution au Proche-Orient aboutissait à des résultats comparables. Pourtant, il fut une époque, pas si lointaine, où elle faisait fortune. Les économistes appellent cela l’« externalisation des coûts ». Pour avoir une vue d'ensemble sur la décolonisation, consultez en priorité les articles suivants du dossier en cliquant sur celui de votre choix : Pour avoir une vue d'ensemble sur la mondialisation, consultez en priorité les articles suivants du dossier en cliquant sur celui de votre choix : Ensemble des pays qui sont exclus de la richesse économique répartie entre les nations. Une décision collective de dépollution peut répondre au problème, l’instance qui entreprend le nettoyage — souvent l’Etat — en supportant alors les frais. Le monde dit « développé » deviendrait-il dépendant des pays pétroliers ? Patience, les réformes arrivent. L'entrée officielle de la Chine dans le débat est tardive. Bien sûr, les premiers ne se présenteront pas sous ces dehors : ils s’affirmeront modernisateurs, nouveaux démocrates, défenseurs de la liberté, progressistes, voire révolutionnaires. Il s'accompagne de diverses notions – « pays sous-développés » ou « pays en voie de développement », « pays du Sud » –, souvent considérées comme synonymes. Comment, par exemple, rendre compte officiellement et statistiquement de l'activité du secteur informel, qui, par définition, fonctionne en marge des règlements ? À partir des années 70, l'appellation du Tiers-Monde ne sera plus utilisée, lui … Si cela ne signifie pas que leur milieu écologique confère irrémédiablement la pauvreté aux pays tropicaux, il est plus que probable que leur développement agricole suppose des techniques spécifiques que les pays industriels n'avaient pas de motif pressant de rechercher. Que va-t-il se passer ? L’épicentre de la crise s’est situé dans les pays de l’OCDE et non dans les pays d’Afrique, d’Asie ou … Toutefois, à considérer la cartographie de la répartition des indices quantifiables de développement, plusieurs tiers-mondes apparaissent, comme peut le montrer l'opposition entre eux des trois continents concernés (Asie, Afrique et Amérique du Sud). utilisée dans les pays du tiers-monde, faute de pouvoir disposer d’un IDH fiable. Or, ces deux facteurs varient sans cesse. – au même titre que la quasi-totalité des pays africains – ; d'autres ont été ravagés par les guerres (ancienne Indochine) ; tandis qu'ont émergé de nouvelles puissances industrielles et financières (Corée du Sud, Taiwan), qui se sont montrées capables de construire une industrie fondée sur leur marché intérieur, et qui peuvent prendre place, comme le fait aujourd'hui la Chine, dans le système du commerce mondial. Dans les pays occidentaux, cette approche poussait les militants à se consacrer prioritairement et avec passion aux mouvements de solidarité avec le tiers-monde. De vieilles industries sont délocalisées vers des zones à bas salaires soigneusement sélectionnées, qui donnent, du coup, l’impression de se développer. Les pays occidentaux étaient devenus keynésiens, avec Etat-providence, partis de « gauche » légitimes et « alternance » au pouvoir. La Conférence tricontinentale de La Havane (Cuba, 1966) a mis en valeur l'unité du tiers-monde, marquant au passage une déviance politique manifeste du non-alignement, certains pays non alignés restant résolument anticommunistes, d'autres hésitant souvent entre les versions soviétique et chinoise du communisme.