Parcourir sa route et rencontrer des merveilles, voilà le grand thème — spécialement le tien.
Cesare Pavese, Le métier de vivre

Mustapha

Je suis en arrêt. Je suis commercial. J'aime mon métier. C'est important pour vivre mais aussi l'ambiance. On est dans un groupe qui s'entend à merveille et en même temps quand on travaille c'est sérieux. On peut plaisanter à midi pendant le déjeuner mais pas pendant le travail.
Il y a des personnes qui sont très compétentes et ne réussissent pas : soit ils sont très stressés, soit on n'aime pas leurs têtes, soit ils arrivent en retard...
Il y en a d'autres qui ne méritent pas de réussir mais ils ont eu un coup de pouce alors qu'ils manquent de compétence et de sérieux.
Le CV par exemple, c'est nul, on peut mettre n'importe quoi dans le CV, mentir.
Il y a beaucoup de choses, il n'y a pas que réussir, il y a aussi la tête, la discrimination, c'est surtout ça. On vous met un bâton dans les roues à cause de la discrimination. C'est ce qui empêche que la France avance. Ici, entre étrangers, on n'est pas bien. On ne se sent pas bien entre nous, c'est bizarre. Quand j'étais jeune je n'étais pas comme ça. C'est en devenant adulte que j'ai développé une certaine haine. Je suis devenu haineux à l'égard des miens.
Dans “réussir” il y a la santé aussi. Si on réussit et qu'on a une mauvaise santé, ça ne veut pas dire réussir. Il y a des malades qui réussissent et des valides costauds qui sont idiots.
L'échec ? Moi j'ai passé le bac à 15 ans et je ne l'ai pas eu parce que j'avais la trouille d'un groupe d'élèves qui voulaient m'agresser à l'extérieur. Et en passant le bac, je pensais à eux et j'avais peur et je ne l'ai pas eu à cause de ça. Alors qu'en arrivant à l'école, cinq minutes avant je ne les connaissais même pas. C'était juste un regard.