Parcourir sa route et rencontrer des merveilles, voilà le grand thème — spécialement le tien.
Cesare Pavese, Le métier de vivre

Dominique

Les sentiments que m'inspire ma vie professionnelle : un enrichissement personnel, un épanouissement, un bien-être. Je suis bien quand je travaille parce que je fais un métier que j'ai choisi, mais qui m'a été dicté par mes grands-parents que j'adore.
Mon grand-père, qui a remplacé mon père auprès de moi, était artisan matelassier, bourrelier, tapissier. Il était passionné par son boulot et m'emmenait partout. Quand il rentrait chez lui, il avait de la compta à faire, des papiers. Quand j'étais petite, il me donnait ses factures à trier, puis j'ai grandi et petit à petit j'ai appris à contrôler ses comptes, sa trésorerie, il me parlait des échéances qu'il avait, de ses impôts, des systèmes d'impôts. Et c'est à ce moment-là que j'ai décidé d'être comptable. Et j'ai décidé d'être spécialisée dans la paye parce que ma grand-mère était DRH et que j'étais très sensibilisée aux problèmes du personnel dans l'entreprise.
Même si le travail est une contrainte, je suis bien quand je bosse, je suis même mieux quand je travaille.
Le travail pour moi c'est des rencontres, un échange, apprendre plein de choses. J'ai travaillé dans toutes sortes de structures : avec des gens sur des chantiers, et avec un directeur financier, ce ne sont pas les mêmes milieux.
Mon métier compte tellement que je compte tout le temps : les marches du métro, combien il y a de lettres sur une affiche, combien de couleurs... Je peux cuisiner et compter le nombre de légumes que je dispose dans un saladier.
Pour différentes raisons, très personnelles mais aussi économiques, mon métier est sécurisant. Il y a toujours du travail dans la comptabilité. La comptabilité est sécurisante.
On a une bonne opinion des comptables : ce sont des gens stricts, rigoureux.
Mais ma conscience professionnelle peut être lourde à porter. Souvent les gens me font confiance de manière excessive, ils pensent que je peux tout faire, me débrouiller pour tout, que j'aurai la solution pour tout, mais ce n'est pas vrai.
Pour moi la réussite c'est un échange : on m'a employée pour une tâche et je remplis ma fonction. Et l'échec, c'est un souvenir : on m'avait embauchée à la paye dans une grande entreprise, et j'étais dans le même bureau que la DRH. Or un jour, on m'a dit que j'allais changer de bureau. La DRH n'aimait pas travailler dans le même bureau que quelqu'un. Et moi je n'aimais pas travailler seule. On n'a pas renouvelé mon contrat.
Pour moi travailler, aimer le travail, c'est avoir des valeurs. Je n'aurais pas pu travailler toute une vie sans que ça me plaise et sans qu'on ait confiance en moi. Cette confiance a d'ailleurs toujours été partagée. J'ai eu de la chance.