Parcourir sa route et rencontrer des merveilles, voilà le grand thème — spécialement le tien.
Cesare Pavese, Le métier de vivre

Bruno

Ma vie professionnelle est totalement en contradiction avec mes principes, à tel point que je change de métier tous les dix ans sans jamais trouver le métier idéal (que je ne cherche d'ailleurs pas). Je m'adapte. Je change quand je vois que ça ne va plus. Mais il y a quelque chose de commun à tous mes métiers : chercheur, enseignant de l'université à la sixième avec des enfants en difficulté, informaticien, et maintenant consultant en tout et n'importe quoi. Je voulais être astrophysicien : je suis toujours à la recherche de savoir davantage, connaître, découvrir, je suis l’un des plus gros consommateurs d'internet au boulot. En ce moment je suis consultant en sécurité des systèmes d'information, architecte aussi à l'occasion, prêcheur de la bonne parole de mon employeur auprès des clients.
Pour moi la vie ce n'est pas travailler pour quelqu'un, j'aurais voulu travailler pour moi dès le départ, mais financièrement on ne s'en sort pas. Un monde qui serait en plein accord avec ce qu'on souhaite faire nous permettrait de vivre ainsi. Aujourd'hui on demande de l'argent, et encore de l'argent et toujours de l'argent.
J'ai pris conscience que je ne travaillais pas pour moi dans une entreprise mais pour quelqu'un qui voulait profiter de moi le plus possible. L'idée qu'on vous embauche pour votre connaissance, votre savoir-faire, est une illusion. On s'en fout royalement. Ce qui compte pour une entreprise c'est que le système marche tel qu'il a été défini, c'est tout.
Pendant très longtemps, j'ai essayé de faire changer le système mais on ne peut pas changer le système.
Quand on me dit que je me disperse, je réponds que je m'adapte.
Mon opinion de moi-même n'est pas liée à ma vie professionnelle, pas du tout.
D'un point de vue financier, la réussite c'est être indépendant. Pour moi le mot "réussite" c'est ça. C'est se libérer du carcan de la société. J'ai connu des gens qui sont restés à attendre 15 ans qu'on les augmente.
L'échec c'est accepter le système et entrer dans ce système pour survivre.