Parcourir sa route et rencontrer des merveilles, voilà le grand thème — spécialement le tien.
Cesare Pavese, Le métier de vivre

GGA

En tant que « senior », quelle est ma place dans le tissu économique d'aujourd'hui?

Ce tissu est aujourd'hui marqué par l'évolution fulgurante des technologies (logiciels informatiques), la juniorisation des effectifs, surtout dans les grandes entreprises, la prédominance d'un management plus gestionnaire que relationnel, l'accélération d'exigences et contraintes sans contrepartie sous couvert de la crise.

Et dans ce contexte, aux yeux de l'entreprise, le« senior » coûte trop cher. Il s'adapte moins vite donc est moins productif. De plus, il est moins maniable car il ne s'en laisse pas conter.

Le résultat de ces préjugés sont la négation voire l'éviction des « seniors en entreprise ».

Dans mon entreprise, pourtant spécialisée en Ressources Humaines, comme « senior », je ne fais pas partie des personnes sur qui l'entreprise a envie d'investir. Ainsi, depuis plusieurs années, je suis niée dans mes aspirations d'évolution et de formation jamais honorées, dans ma volonté d'apporter ma contribution en étant force de proposition, jamais entendue et, outre la pression dûe à une lourde charge de travail, il m'est souvent répété qui si je ne suis pas contente, la porte reste ouverte.

Connaissant bien la réalité des « seniors » sur le marché de l'emploi, j'ai tenté toutes ces dernières années de tenir, par peur de perdre mon emploi.

Je ne mettais même pas de mots sur ce que je vivais incidemment, de manière subtile et informelle. Au fil du temps, j'en ai perdu ma motivation et le goût d'aller travailler mais heureusement pour moi, pas ma dignité.

Aujourd'hui, je suis usée par tant de maltraitance au travail. Je me sens comme une femme qui s'est laissée maltraiter sans oser rien dire. Je ne peux imaginer un instant revenir dans mon entreprise parce que tous les pores de mon être refusent d'être à nouveau complice de cette maltraitance.

Aujourd'hui, une première issue possible pour moi comme « senior » est d'assumer ce mot : « senior », non pour me ranger aux côtés des retraités également appelés « seniors », mais pour intégrer un collectif : celui des « seniors en activité », afin d'être moins seule et identifiée quelque part dans une société qui nous évince et nous broie.

(Il serait certainement intéressant qu'une enquête soit faite sur cette catégorie de « seniors en activité », actuellement inscrits au chômage ! )

L'âge de la retraite reculant, il me reste encore une petite quinzaine d'années à travailler et je dois maintenant penser à la meilleure façon de générer mon emploi et mon salaire. En effet, je suis convaincue que la personne humaine reste et demeurera le premier facteur de productivité et de compétitivité d'une société et que le tissu économique se reconstituera grâce à la multiplicité des initiatives individuelles.