Parcourir sa route et rencontrer des merveilles, voilà le grand thème — spécialement le tien.
Cesare Pavese, Le métier de vivre

Elisa

Il n'y a pas si longtemps de cela, j'ai obtenu un emploi dans une grande société de la place. Le jour de ma prise de fonction, une jeune dame, intérimaire comme moi, m'avait été désignée pour m'apprendre le boulot. Pendant ce temps, le reste du groupe m'observait et avait commencé à me lancer des pics du genre : je ne suis pas bien coiffée, je suis âgée etc... Ce genre de comportement malsain dans un lieu de travail me troubla.
Une semaine s'était écoulée, la responsable de service me proposa un entretien afin de faire une mise au point, voir si je m’étais bien intégrée et comment ça se passait avec les collègues, si je me sentais à l'aise sur mon lieu de travail.
À toutes ses questions, je répondais par l'affirmative. Mais en réponse à la question concernant le groupe, je lui fis part de mon sentiment. Je pensais bien faire. De son côté elle m'exhorta à lui faire part du comportement des uns et des autres. Je ne me rendais pas compte que c’était un piège. Elle me demanda de citer des noms, chose que j'ai faite.
Quelques jours plus tard, un autre manager me convoque dans son bureau et m'interroge devant mes collègues défilant à leur tour pour témoigner. Cette démarche me parut inadaptée car personne, dans ces circonstances, ne pouvait avouer ni reconnaître les faits. Tous ont nié en bloc. Ils se sentaient exposés à un danger, au risque d’un licenciement, parce que les faits étaient si graves. Je passai moi pour l'idiote, la menteuse etc...
La responsable qui semblait me soutenir au départ, disant qu'elle ne pouvait admettre ni tolérer de tels comportements sur un lieu de travail, changea de ton et finit par se liguer contre moi suite aux déclarations des autres salariés. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je me sentais ignoble face à toutes ces personnes et du coup, tous se sont ligués contre moi, tout le service.
J'arrive le matin, je dis bonjour à tout le monde, plus personne ne me répond, je pose une question, on me répond par la négative. On me donne volontairement des documents truffés d'erreurs soi disant contrôlés par deux personnes y compris la responsable, or si je ne fais pas attention, les erreurs passent sur la base de données et c'est le coeur même du service qui est touché. Vous imaginez un peu la bêtise.
Celle qui me montrait le boulot, encouragée par la responsable, a commencé aussi à me chercher des problèmes et provoquer des erreurs en me donnant toujours plus de travail. C’était leur façon de trouver des raisons pour me faire partir et ils ont gagné.
Le dernier jour fut fatal pour moi : la femme sensée me montrer le travail me demande des comptes sur ce que j'ai fait la veille. Je lui réponds que je n'ai pas pu terminer, n’ayant pas eu le temps de clore l'ancien dossier. Elle insiste, la responsable lui donne raison. Je me suis retournée, j'étais à bout de nerfs, je n'avais qu'une envie : renverser les tables, les ordinateurs…alors de toutes mes forces, j’ai crié qu'ils me faisaient tous chier, que j'en avais assez de leurs manigances, de leur comportement indigne à mon égard et qu'il fallait qu'ils me fassent partir. Je me suis sentie humiliée, ridiculisée par tout le monde, je n'avais qu'une seule idée en tête, c'était partir de cette société, je ne pouvais plus rester dans ce groupe, j'avais hâte de partir même s'il fallait rester sans travail, je préférais partir. Quand j'ai crié, la responsable est intervenue en disant que depuis mon arrivée, l'organisation du service n'était plus la même, tout était chamboulé. J'ai répliqué en lui demandant de me faire partir, elle m'a répondu que c'est ce qu'elle allait faire.
À la fin de la journée, mon agence d'intérim m'a appelée pour me demander ce qui s'était passé et si par la suite si je voulais continuer à travailler : j'ai répondu que je voulais arrêter.
Depuis ce jour, je suis à la maison. J'ai pris le temps de peser le pour et le contre, j'ai fait une rétrospective de ma vie, j'ai pris la décision de créer mon propre emploi. J'ai fait une formation de créateur d'entreprise il y a un peu plus d'un mois, actuellement, je travaille mon business plan afin de trouver des financements. J'ai été très abattue par les évènements, j'ai pris du temps pour m'en remettre, pour éviter de rester focalisée sur une telle situation dramatique qui m'a laissé des séquelles sur le plan social et moral. Je me suis sentie rejetée par la société, tout cela a provoqué un déficit dans mon organisation professionnelle, j'ai eu des dettes qui n'ont pas été honorées en temps voulu, pas mal de dégâts dans ma vie personnelle.