Parcourir sa route et rencontrer des merveilles, voilà le grand thème — spécialement le tien.
Cesare Pavese, Le métier de vivre

Marie-Anne

Quand j’étais enfant, je voulais être professeur de travaux manuels, activité que je pratiquais dans mon école : poterie, objets en carton, tissu, feutrine, laine… Nous avions des heures d’activités manuelles et cela me plaisait beaucoup. J’ai appris à tracer les lettres avec un pinceau et de la peinture sur de longues bandes en papier accrochées au mur. Je revois la scène comme si j’y étais, elle s’est imprimée dans ma tête, à vie.

Je parlais très peu quand j’étais petite, quelques crayons et du papier, perchée dans mon arbre j’étais bien ; pourtant je me suis dit « ce n’est pas un métier, cela ne s’apprend pas ». Je me suis fermé la porte et n’en ai jamais parlé à personne.

Adolescente et jeune adulte, je pensais « je ne sais pas dessiner » (au sens reproduire ce que j’ai sous les yeux) pourtant l’illustration pour des livres d’enfants m’aurait intéressée… mais la porte s’est à nouveau fermée.

Ensuite les années ont passé, que faire comme métier ? Je n’en avais aucune idée. J’ai travaillé après le bac (que j’ai eu du premier coup alors que tous les professeurs me disaient que je ne l’aurais pas !!) dans des boulots sans qualification mais qui m’ont appris beaucoup ; ensuite une formation professionnelle et du secrétariat en intérim. J’aurais pu faire carrière chez Bouygues mais ces grandes entreprises me faisaient fuir. Ce travail donc, sans savoir pourquoi je le faisais.

Un jour, j’ai voulu comprendre comment une machine pouvait exécuter des tâches ou des opérations. J’ai suivi une formation d’analyste programmeur (écrire des programmes en langage informatique) mais de fil en aiguille je me suis retrouvée à donner des cours de bureautique à des adultes (word, excel, powerpoint …) à l’époque on parlait de multiplan et de lotus 123, cela sans y avoir cette fois été formée. Je me suis prise au jeu de « transmettre ». Petit à petit, mon activité a rejoint ma vie et je me surprends toujours à questionner, aider, donner de l’info. Je transmets mes connaissances, voilà mon métier, mais je ne l’ai jamais appris ; tout cela s’est construit au fil des expériences. Les activités manuelles, je les pratique chez moi.

Aurais-je toujours envie d’être professeur de travaux manuels ? Je ne pense pas, j’aspirerais plutôt à animer des « ateliers manuels » avec une dimension d’échange entre les personnes ; communiquer pour mieux se sentir tout en manipulant outils, matériaux, et en créant. Pour les adultes : parler de soi à travers la poterie ou pratiquer le Français en réalisant un travail manuel. Pour les enfants : raconter une histoire et la faire mettre en scène par le groupe (décors, personnages) ; en résumé apprendre à travailler ensemble par du récréatif. Et pourquoi pas aussi mélanger les générations ?

La conclusion à tout cela est que j’aimerais animer des ateliers manuels pour adultes ou enfants et je me rends compte maintenant qu’il est inutile que j’apprenne quoi que ce soit car j’ai tout emmagasiné : l’approche pédagogique et relationnelle, l’aspect technique et pragmatique.

Penser que « cela ne s’apprenait pas » me paraissait un frein, en réalité c’est une force.