Parcourir sa route et rencontrer des merveilles, voilà le grand thème — spécialement le tien.
Cesare Pavese, Le métier de vivre

Lina

J’ai toujours travaillé dans l’écriture, j’aime être lue, mais j’aime surtout me relire.

Le métier de l’écriture est un exercice très difficile, parce qu’on n’écrit pas sans être inspiré ; mais en fin du compte on n’écrit qu’en travaillant méticuleusement notre texte, le corrigeant mille fois, raturant et réécrivant à nouveau. Qu’est-ce qui reste alors de l’inspiration ? Pour moi, elle est l’âme de cette matière travaillée qui prend corps au fur et à mesure de l’écriture.

C’est un exercice difficile, l’écriture ; un accouchement long et douloureux. C’est un métier où nous sommes toujours confrontés à nous-mêmes. Je dis toujours : cela fait mal au ventre et à la tête en même temps. Mais elle met aussi notre confiance en nous-mêmes à rude épreuve. La réalisation est un soulagement et un regain de confiance à la fois.

Ce métier que j’exerce dans les domaines du journalisme et en sociologie révèle mon engagement social et mon côté sociable. Je suis fascinée par la vie des autres, leurs petites et grandes histoires. Néanmoins, je découvre dans mes écrits que c’est sur moi que j’écris plutôt, j’en suis d’ailleurs consciente au départ. C’est sans doute pour cela que j’aime me relire, même après quelques mois ou quelques années. Ce n’est pas de la mégalomanie, simplement je crois que l’écrivain ne peut jamais échapper à raconter quelque chose de son histoire en racontant celle des autres.

Puisqu’il est très pénible ce métier, j’ai parfois réussi à l’éviter en travaillant dans des domaines moins exigeants comme les relations publiques, l’édition, l’écriture des textes des bandes dessinées…même le marketing. C’était parfois un salut mais cela engendre aussi de la frustration. L’écriture nous manque.

J’aime maintenant pouvoir marier mon activité d’écriture avec un travail à dimension sociale. Être en contact avec le monde plutôt que de faire son travail à huit clos tout le temps…toute une vie. Ce sont les ambivalences du métier.

C’est gratifiant d’écrire, mais c’est encore plus gratifiant d’être lu et d’avoir la chance d’interagir avec nos lecteurs. Ce n’est pas le cas de tous ceux qui écrivent, moi incluse. Je n’ai jamais oublié ce jour où un ami m’a appelée, il y a quelques années, pour m’annoncer que l’un de mes articles publiés dans la presse avait été reproduit sur un site internet spécialisé dans le choix et la publication des meilleurs articles de la semaine.