Parcourir sa route et rencontrer des merveilles, voilà le grand thème — spécialement le tien.
Cesare Pavese, Le métier de vivre

Jean-Marc

J'ai toujours su que je voulais écrire. Et ce dès que j'ai commencé à lire.
Livres pour enfants, issus de bibliothèques verte et parfois rose, quelques planches de bandes-dessinées extraites de revues ou magazines pour la jeunesse, ont d'abord attisé ma curiosité.
J'apprenais mon métier de lecteur.
Puis sont venus les livres de poche achetés d'occasion qui commencèrent à instituer une obsédante passion de la collection que je rêvais de compléter : éditions originales, premiers tirages numérotés, inestimables exemplaires dédicacés ou bien encore perles rares non rééditées. Rien n'était trop cher pour m'arrêter. Je voulais posséder.
J'apprenais mon métier d'acheteur et de spéculateur.
Et ce temps s'épuisa. Pourtant, je continuais à découvrir, à savourer, admirer ou encore détester le travail de ceux que j'estimais : les vrais écrivains. Une grande famille informelle qui rassemblait tous ceux qui avaient le courage et l'audace de puiser dans leur imaginaire.
J'avais bien tenté autrefois la création d'une histoire policière quasi-fantastique, à grands renforts d'ours en peluche au regard maléfique, d'intrigue familiale et de mystère fascinant, en lieu et place d'un devoir de français du genre « Racontez vos dernières vacances ». Ce fut une triste expérience, sans lendemain, par faute d'intérêt et d'encouragement de mon instituteur puisque j'avais osé sortir du cadre. La note obtenue, dont je ne me souviens pas, était sans doute positive mais ce qui m'avait marqué était la désillusion de n'avoir écrit pour personne qui souhaitait me lire.
Je commençais à apprendre mon futur métier d'employé : obéir à l'autorité, effacer toute ambition.
Je n'ai depuis jamais vraiment appris le métier d'écrivant. Pourtant il s'impose à moi encore maintenant, grâce aux années durant lesquelles il s'est développé l'air de rien, dissimulé derrière la nécessité de corriger les textes d'autrui, avec toujours une bonne excuse pour parvenir à modifier ou améliorer ce qui pouvait l'être.
Ce texte en est la preuve : il n'y a pas d'âge pour commencer à exercer son vrai métier. Celui que chacun peut espérer : le métier de vivre.